mercredi 28 mai 2014

1958 – Les Ambassadrices

1958 – Les Ambassadrices

Canzone française – Les Ambassadrices – Marco Valdo M.I. – 2012
Histoires d'Allemagne 59
An de Grass : 58
Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 –
l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.



Un peuple, deux États, deux ambassadrices
Aux longues jambes séductrices





Mil neuf cent cinquante-huit, un peuple, deux États, deux ambassadrices, aux jambes longues, longues, longues. Voilà ce que raconte le narrateur de cette histoire d'Allemagne. Qui est ce narrateur, je ne pourrais te le dire. Tout ce que je puis en savoir est ce qu'il en dit lui-même.


Et que dit-il exactement ?, dit Lucien l'âne en ouvrant des yeux grands comme le Schwartzsee et en redressant l'oreille gauche en point d'interrogation.


Il dit très précisément : « Leur double beauté m'attirait »... et on le comprend ; je veux dire, je le comprends aussi bien que je ne comprends pas ce qui fait qu'on se laisse séduire et attirer par la beauté...


On, dit Lucien l'âne en rigolant tout en effectuant de jolis soubresauts, je veux dire, tu galèjes ? J'imaginais parfaitement que tu te laisserais séduire par de telles Germaines. Mais qu'en est-il de ce narrateur et de ce qu'il disait ?


On, je veux dire, je, j'y reviens à l'instant , dit Marco Valdo M.I. lui-même hilare. Il dit « De toute façon, les grands airs (de l'opéra) de Düsseldorf commençaient à me faire bâiller. Et comme après la mort de Maman, je n'ai pas voulu épouser de Conseil de surveillance de notre florissante usine de lessive... » En fait, quand on décrypte la chose, il devrait s'agir d'un descendant de Fritz Henkel, le fabricant de lessives et de mille autres produits bien connus. Voilà pour le narrateur. Quand aux deux donzelles, jumelles blondes aux yeux bleu clair, donzelles de près d'un mètre quatre-vingts, elles firent des ravages dans l'imaginaire masculin de l'époque, et depuis ce moment jusqu'encore aujourd'hui où elles hantent les souvenirs de tant d'enfants du baby-boom. Il s'agit bien sûr, tu l'auras deviné, des sœurs Kessler... Ce n'étaient ni des chanteuses exceptionnelles, ni des actrices remarquables, mais de splendides danseuses de charme. Elles ont quand même passé une vingtaine d'années en Italie, où les Gemelle firent l'objet d'un véritable engouement du public télévisuel. Et le narrateur n'a pas tort lorsqu'il dit qu'elles furent – en quelque sorte – le véritable miracle de la renaissance allemande.


Voilà des dames bien passionnantes..., s'ébroue l'âne Lucien.


C'est certain et bien des mâles en furent pour leurs frais... Elles se révélaient inapprochables... Si tu vois ce que je veux dire. D'ailleurs, à ces indélicats qui les traitaient d' « ice creams » (ce qui est assez réfrigérant...), elles répondaient « hot dogs » (chiens en chaleur...). Mais foin de ces marivaudages, je voudrais quand même que tu notes que l'entreprise Henkel (le fameux Konzern dont parle le narrateur) – qui comme toutes les autres avait largement collaboré au régime du Reich de Mille Ans, s'était vu remettre ses biens confisqués et fut relancée dans la Düsseldorf d'après-guerre. Cela aussi a contribué (guerre froide oblige !) à édifier le « miracle économique allemand ». À propos, te souviens-tu du nom du Dictateur de Chaplin [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=7631&lang=it]]...


Si je me souviens bien, dit l'âne Lucien, il se nommait Hinkel, Adenoid Hynkel... C'est peut-être une coïncidence.


Peut-être... Mais, sincèrement, j'imagine le contraire ; je croirais plutôt à un mot-valise , un croisement entre Hitler et Henkel. Enfin bref, on prend les mêmes et on recommence. Et voilà qu'aujourd'hui, l'Europe risque fort de payer pareille bévue. Elle est en train – les Grecs en premier, après les Allemands de l'Est et tous les Allemands pauvres eux-mêmes – de subir le « miracle politique allemand »? Cependant, je ne dirai rien de ses dirigeants actuels, car – tu le devines – ils n'ont que peu d'influence sur la dérive, la grande erre de ce monstre gigantesque, ce Minotaure prussien toujours à l'œuvre dans son labyrinthe. Comme bien tu le comprends, ce dragon est insatiable et il va continuer à réclamer – jusqu'à ce qu'on le tue – qu'on lui serve tout ce qu'il réclame... Voilà ce que dit réellement cette chanson...


Mais alors, dit Lucien l'âne, c'est nous, ce sont les pauvres de l'Europe qui allons payer les frais du « miracle économique allemand », qui allons – dans cet épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour étendre leur domination, pour accroître leur richesse, pour assurer leur pouvoir, pour multiplier leurs profits – comme ils l'ont fait aux Grecs, devoir subir des restrictions en tous genres, sous peine de répressions féroces. Dans ce cas, Marco Valdo M.I. mon ami, il est plus urgent encore que nous poursuivions notre tâche qui consiste, je te le rappelle, à tisser inlassablement le linceul de ce vieux monde boulimique, ravageur, insatiable, vampirique et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Bons baisers à bientôt
Ton amour me manque trop
Un peuple, deux États, deux ambassadrices
Aux longues jambes séductrices

Elles chantaient des pots pourris
En allemand à Berlin
En français à Paris
Et à Rome, en italien.

Alice et Ellen Kessler chantaient
Aux Zétazunis en anglais
La « Sensation of Germany »
De sa danse conquérait tous les pays.

Oh, les belles duettistes
À l'accent saxon
Oh, les belles gambettes
La Germaine sensation.

Pas de messieurs dans les loges des belles
Disait la « campanule »,
La maîtresse des Bluebelles,
Le chaperon majuscule


Kessler Zwillinge, Gemelle Kessler

Mes deux jumelles aux yeux pers
Au joli nom de Soeurs Kessler
Étaient nées au temps d'Hitler.

Deux Marlènes, doubles beautés,
Mystère ensorcelant de la gemellité
Bien des femmes n'aimaient pas leurs pas
Si bien cadencés... Allez savoir pourquoi.

Rejointes un temps au Lido
Par deux anglaises aussi jumelles qu'elles
On les voyait de face, on les voyait de dos
Mais on ne savait jamais laquelle.

En ce temps-là, pour des Teutonnes,
Jolies et jumelles synchrones
Lys de Saxe aux yeux pervenche
Danser à Paris, quelle pacifique revanche

Mes impeccables danseuses étaient si belles
Leurs jambes en vision stéréoscopique
Ah, Alice ! Hé ! Ellen ! Manœuvres diplomatiques.
Le vrai miracle allemand cette paire de jumelles.

Bons baisers à bientôt
Ton amour me manque trop.
Un peuple, deux États, deux ambassadrices

Aux longues jambes séductrices

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