vendredi 29 mai 2020

La Guerre

La Guerre


Chanson française – La GuerreClément Janequin – 1528
Version adaptée au temps présent – La Guerre – Marco Valdo M.I. – 2020






Arquebusiers, faites vos sons !
Bouclez vos armes, frais mignons,
.



Dialogue Maïeutique

Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui a à peu près 500 ans – un demi-millénaire et qui comme son titre l’indique raconte « La Guerre ».

Certes oui, mais laquelle ?, demande Lucien l’âne. Toute une guerre, ça fait beaucoup, quand même.

Tu as raison, Lucien l’âne. Elle s’intitule « La Guerre », mais elle raconte un bataille : celle de Marignan (1515) qui fit des milliers de morts en deux jours et qui bouleversa l’histoire de son temps ; au moins pour ce qui est des Suisses, qui signèrent avec la France un traité de « Paix perpétuelle » et qui depuis ne se sont plus mêlés de guerre – du moins, en direct. Comme elle est dans un français de son époque, elle paraît étrange aux gens de notre temps ; même si, c’était un rap de cette fin du Moyen-Âge. Dès lors, en quelque sorte sur commande, j’en ai fait une version adaptée à nos jours, une adaptation contemporaine, mais en gardant tout de même pas mal de son étrangeté. On pourra comparer les deux : l’originale, l’ancienne, celle de Clément Janequin et celle que je viens de faire. Dans l’ensemble, je la trouve assez fidèle, même si j’ai dû pour des raisons de rime un peu l’adapter aussi – dans sa forme.

Ce sera certainement une version de bonne facture, dit Lucien l’âne. J’en suis sûr, et d’ailleurs, je me souviens fort bien de la version de Gentilz gallans de France que tu fis il y a déjà quelques années.

Cependant, Lucien l’âne mon ami, je voudrais ajouter deux ou trois remarques avant de te laisser conclure. La première porte sur le mot « Galloys » que j’ai conservé sous la forme « Gaulois », autrement dit, de Gaule ou « Français » ; il fait polémique (comme d’autres éléments de la chanson) chez les spécialistes de la littérature française de la Renaissance. En tout état de cause, « Gallois » fait trop rugbymen et devait être exclu ; il restait Gaulois ou Français, s’agissant de l’armée de François Ier. D’aucuns plus spécialisés en langue d’autrefois suggèrent compagnons ou camarades.

À ce compte, pour la rime, tu aurais pu choisir « gars ».

Certes, répond Marco Valdo M.I., mais j’ai choisi l’assonance, comme Janequin aurait préféré, lui qui est souvent comparé à un « bruitiste ».

Un « bruitiste », dit Lucien l’âne un peu éberlué, comment ça ?

Oui, dit Marco Valdo M.I., un « bruitiste », un qui fait du bruit, qui recrée dans sa musique les bruits ambiants. C’est très moderne. Ça s’entend à sa musique, mais aussi dans ce texte bourré d’onomatopées ; c’est vraiment le rap en avant-garde. À la même époque, mais quelques années plus tard, dans ses romans, François Rabelais faisait pareil. Peut-être même, citait-il ces bruissements de La Guerre de Janequin et faisait-il allusion à la musique du contrapuntiste.

Oh, dit Lucien l’âne, j’adore ce « bruitisme », c’est une évocation des sons du monde. J’ai entendu dire qu’on y revient de ces temps-ci.

Une autre remarque, Lucien l’âne mon ami, que je voudrais faire maintenant, c’est qu’outre d’avoir raconté d’autres batailles – Marengo (Marengo, La Lettre de Marengo, La Marengo du Lieutenant) et Austerlitz (Le Sommeil tranquille de Koutouzov, Austerlitz), j’avais parcouru ce seizième siècle avec la Geste de Liberté ou la Légende de Till, à laquelle j’ai consacré des dizaines de chansons ; je cite la première : « Katheline, la bonne Sorcière » et la dernière : « L’Heure de l’Hirondelle ».

Oui, bonne idée, dit Lucien l’âne, sinon on n’en finirait pas. Quoi qu’il en soit, ces histoires de bataille, chacune d’elles est toujours un épisode de La Guerre de Cent Mille Ans.

Enfin, dit Marco Valdo M.I., à propos de cette bataille de Marignan, il est d’usage de rappeler que c’est là que s’est distingué et a de son épée adoubé le roi François, c’est-à-dire le hardi Bayard, Pierre Terrail de Bayard, dit le chevalier « sans peur et sans reproche » qui a traversé ainsi l’histoire pour se muer en sandwich Bayard : le sandwich « sans beurre et sans reproche ». C’est là aussi qu’on retrouve le Maréchal de la Palice qui mourra quelques temps après devant Pavie et dont on garde le souvenir au travers des « lapalissades », qui toutes dérivent de la petite chanson de la Palisse (https://www.youtube.com/watch?v=zb9p89XQMYY) que ses soldats firent à son sujet. En voici la version populaire :

« Monsieur de la Palice est mort
En perdant la vie ;
Un quart d’heure avant sa mort,
Il était encore en vie. »

On conclura avec lui, dit Lucien l’âne. Quant à nous, tissons le linceul de ce monde batailleur, guerrier, lyrique et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Écoutez, tous gentils Gaulois,
La victoire du noble roi François.
Et vous entendrez, si bien vous écoutez,
Des coups rués de tous côtés.
Fifres soufflez, frappez tambours,
Tournez, virez, faites vos tours,
Aventuriers, bons compagnons
Ensemble croisez vos bâtons,
Fusez soudain, gentils Gascons,
Nobles, sautez dans les arçons,
La lance au poing, hardis et prompts,
Comme lions !
Arquebusiers, faites vos sons !
Bouclez vos armes, frais mignons,
Alarme, rentrez dedans !
Alarme, frappez dedans !
Soyez hardis, en joie mis.
Qu’on se le dise,
La fleur de lys,
Fleur de haut prix,
Y est en personne.
Suivez François,
Le roi François,
Suivez la couronne !
Sonnez, trompettes et clairons,
Pour réjouir les compagnons.
Fan frere le le fan fan fan feyne
Fa ri ra ri ra.
À l’étendard en avant toute !
Gens d’armes à cheval en route !
Fan frere le le fan fan fan feyne
Fa ri ra ri ra.
Grondez, tonnez bombardes et canons,
Tonnez gros courtauds et faucons,
Pour secourir les compagnons.
Von pa ti pa toc von von,
Ta ri ra ri ra ri ra reyne,
Pon, pon, pon, pon,
La la la, pon pon,
Ta ri ra ri ra ri ra reyne
La ri le ron.
France courage,
Courage !
Donnez des horions !
Chipe, chope,
Torche, lorgne,
Pa ti pa toc tric,
Trac zin zin, tric.
Tue ! À mort ! Serrez !
Courage prenez, frappez, tuez !
Gentils galants, soyez vaillants !
Frappez dessus, ruez dessus !
Fers émoulus, chiquez dessus !
Alarme !
Alarme !
Courage ! Prenez, poursuivez,
Frappez, ruez !
Ils sont confus,
Ils sont perdus
Ils montrent les talons.
Ils décampent, pas de pardon !
La trompette est aux abois.
Ils sont défaits, tudieu !
Victoire au noble roi François !
Tout est perdu, ils décampent, pardieu.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire