jeudi 10 juillet 2014

1920 - La Locomotive Unitaire

1920 - La Locomotive Unitaire


Canzone française – La Locomotive Unitaire – 1920 – Marco Valdo M.I. – 2011
Histoires d'Allemagne 21


An de Grass : 20

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.




Locomotive de l'Allemagne unie, machine unitaire
Elle arrive à joindre en un seul élan salutaire
Rostock à Fribourg, Flensbourg à Constance
Le Mecklembourg à la Sarre, Berlin à Mayence,




Ah, dit Lucien l'âne , voici une nouvelle histoire de locomotive. Elle a déjà fait couler beaucoup d'encre la locomotive de Guccini. Est-ce de celle-là qu'il s'agit encore ?


Pas du tout. Ce serait plutôt celle de Goethe ou de Bismarck qui en rêvaient, tout comme dans le même moment, ils imaginaient un grand Reich allemand et le chemin de fer comme moyen de faire l'unité d'un si grand pays et encore si divisé. Et dans les faits, c'est ce qui finalement se produisit... Mais curieusement, ce furent les sociaux-démocrates de Weimar qui imposèrent cette unité nationale, tirée du néant par la locomotive. La Reichsbahn fut la première institution liante et reliante de cette Allemagne unitaire, qui se cherchait depuis un certain temps déjà. Et curieusement, une institution de paix, un immense service public et prospère. Voilà ce que raconte la chanson du jour. C'est son côté lumineux qui montre combien l'effort collectif et pacifique, le travail au service du public quand il est libre des entraves du rendement financier, peut construire des choses grandes et utiles.


En effet, dit Lucien l'âne, il ne faut pas négliger cet aspect des choses. Le monde dans ce qu'il a de positif et de constructif s'est bâti par l'effort commun des hommes et même, des ânes. J'aime bien cette idée de construire la paix sans exploiter les hommes. Et de mémoire d'âne qui a parcouru le monde depuis si longtemps, bien des grandes réalisations humaines ont été le résultat de cette conjonction de la paix et de la coopération.


Mais, vois, Lucien l'âne mon ami, il y a un mais... Il y a un côté moins lumineux à cette histoire de locomotive et c'est ce qu'expose le dernier couplet... C'est le détournement souhaité et opéré par certains de la réussite collective à leur profit. C'est la privatisation de l’entreprise publique, cette privatisation qui intervient dès le moment où l'essentiel du travail est fait... En somme, c'est un vol pur et simple, un hold-up effectué par un petit groupe de gens au détriment de la collectivité. Note au passage, c'est ce qui se passe actuellement dans nos pays d'Europe, comme cela s'est passé ailleurs... dans le monde. On vit dans cette ambiance de racket systématique, opéré au détriment des peuples. Il y a là d'étranges similitudes...


En somme, dit Lucien l'âne en hochant le crâne et en faisant balancer ses oreilles, voici à nouveau un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour s'enrichir encore comme toujours, pour étendre leurs propriétés, pour s'emparer du bien commun, dit Lucien l'âne. Berta avait raison... La paix ? Quelle paix ? Et là, dans nos histoires d'Allemagne et de locomotive unitaire, on va voir arriver ces doryphores dès 1924... Autrement dit, l'effort collectif et pacifique avait réussi en à peine quatre ans à créer ce que rêvaient Goethe et Bismarck réunis depuis plus de cinquante ans, créer une Allemagne unie... Mais c'était compter sans les doryphores et leurs appétits insatiables...

Et à propos de Guerre de Cent Mille Ans, tu verras que ces manigances vont engendrer à force de s'emparer des biens publics et de racketter les peuples – de la belle locomotive, puis de tout le pays, puis des pays voisins et ainsi de suite... – une nouvelle catastrophe d'envergure mondiale.


Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, tu parlais d'étranges similitudes et voilà que tu me fais frisonner. Si jamais, les mêmes causes doivent engendrer des effets similaires, alors nous sommes bien mal embarqués. Quoique, à voir comme la terre tremble ces derniers temps, ailleurs et même, ici en Europe... Peut-être pourra-t-on éviter le pire et les faire reculer ces amateurs de plus-value et de profits... En attendant, continuons mon ami, à tisser le linceul de ce vieux monde privatiseur, destructeur du bien public, voleur et cacochyme.




Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



La Constitution disait :
« L'une des tâches de l’Empire sera... »
Goethe disait :
« Le chemin de fer y pourvoira ».
Ce que Bismarck ne put pas imposer
Ce que l’Empereur ne sut pas réaliser
Ce qui par sa nature aurait dû être organisé
Structuré, relié, maillé, étendu, développé,
Qui aurait dû couvrir tout le pays
D'une toile au tissage infini
Dont l'inexistence coûta si cher
À nos armées de terre
Tout au long de la guerre
C'était ce foutu chemin de fer.

La Constitution disait :
« L'une des tâches de l’Empire sera... »
Goethe disait :
« Le chemin de fer y pourvoira ».
Dans la vie civile comme sur le plan militaire,
Dans les tranchées comme à l'arrière,
On souffrit bien sûr du manque de patates
Mais plus encore d'un chemin de fer disparate.
Deux cent dix modèles de locomotives
Pas de pièces de rechange, l'armée à la dérive.
Les renforts égarés, les régiments disparus.
Les trains de munitions pour Verdun : perdus.
Ensuite, les dommages de guerre, une terrible imposition :
Huit mille locomotives, cent cinquante mille wagons.

La Constitution disait :
« L'une des tâches de l’Empire sera... »
Goethe disait :
« Le chemin de fer y pourvoira ».
Les camarades, qui – c'est chose admise
Se foutent de la Patrie comme de leur première chemise
Ont créé, au pas de charge, sous la République
La Reichsbahn, une grande entreprise publique
Locomotive de l'Allemagne unie, machine unitaire
Elle arrive à joindre en un seul élan salutaire
Rostock à Fribourg, Flensbourg à Constance
Le Mecklembourg à la Sarre, Berlin à Mayence,
Elle réussit à donner enfin sa place au rail
À, somme toute, gagner enfin cette populaire bataille.

La Constitution disait :
« L'une des tâches de l’Empire sera... »
Goethe disait :
« Le chemin de fer y pourvoira ».
Tous ensemble, nous les cheminots, sur notre loco-tender
Avec notre locomotive unitaire, nous créons un vrai réseau de chemin de fer
De Wilhelmshaven à Friedrichshafen, de la Poméranie à la Bavière
À peine installée, notre Reichsbahn, fille publique, prospère
Et déjà, en voilà qui réclament sa privatisation
Une société anonyme, des actions... La part du lion.
Encore plus de profits et moins de personnel, moins de salaires
Suppression des petits trains, des lignes capillaires
Tout cela et bien plus, ils l'obtiendront grâce à Hitler.

Avec en prime, un fameux bonus, une nouvelle grande guerre.

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